En ce moment
 
Portfolios
 
 
DVD souvenir
 
PARTENAIRE

Le Fr Patrick Prétot, osb, directeur de l'Institut Supérieur de Liturgie de l'Institut Catholique de Paris propose un exposé des repères docrinaux et liturgiques à propos de l'Adoration Eucharistique.

Fr. Patrick Prétot [13/04/2005]

(© DR).

Introduction

Je m’adresse à des formateurs dans un exercice de discernement : il s’agit d’aider les jeunes qui partiront pour les JMJ de Cologne à se situer dans la foi de l’Eglise en se souvenant de l’adage Lex orandi, lex credendi : l’Eglise croit comme elle prie.

Le présent exposé cherchera donc à fournir des repères à la fois doctrinaux et liturgiques pour une pratique qui connaît aujourd'hui, notamment chez les plus jeunes, un attrait certain. Il n’est pas dans mon projet de faire une analyse de type sociologique des motivations profondes qui conduisent à ces retrouvailles. Toutefois, il me paraît essentiel de dire d’emblée qu’à mes yeux, cette question est liée étroitement à deux questions que l’on peut désigner comme touchant à la vie spirituelle.

En premier lieu, il n’est pas facile de tenir en silence. La contemplation de l’hostie est, pour beaucoup, certainement une aide pour entrer dans la prière silencieuse. En second lieu, il est encore plus difficile d’entrer en prière, c’est-à-dire d’entrer dans une relation vivante avec un Dieu personnel. La sensibilité des plus jeunes à ce que l’on appelle en théologie catholique la « présence réelle », c’est-à-dire la présence du Seigneur sous les espèces consacrées, est certainement liée à la soif de la prière qui habite nos contemporains et en même temps, au défi de la foi dans le monde contemporain. Car dans un monde paradoxal où le pluralisme religieux et l’indifférence religieuse semblent faire corps pour rendre particulièrement rude le combat spirituel, l’adoration eucharistique se présente comme une voie de grande richesse pour nourrir la vie spirituelle.
Mgr Jacques Perrier, évêque de Lourdes, a sur ce point parfaitement mis en lumière la question en écrivant :

« L'adoration eucharistique me semble aujourd'hui opportune pour caractériser la spiritualité proprement chrétienne. La prière chrétienne est sous le signe du dialogue, du face-à-face, de l'alliance. L'union n'est pas l'anéantissement du croyant. Le voyage vers l'intérieur n'est pas la recherche des énergies spirituelles qu'il suffirait de libérer. Or nous savons la séduction de ces méthodes d'intériorité, plus psychologiques que proprement religieuses. L'adoration eucharistique n'est pas la panacée. Elle comporte sûrement ses dangers, du moins ses limites. Mais elle est une piste praticable, en particulier par les jeunes et tant de gens qui disent "ne pas savoir prier". Ne nous en privons pas. Ne les en privons pas. »

C’est donc parce que l’adoration eucharistique est une voie privilégiée pour un renouveau spirituel aujourd'hui, qu’il est essentiel d’en mesurer les risques et les chances, mais aussi d’en favoriser une pratique à la fois pertinente et bien située dans la tradition de l’Eglise.

Plan

> Télécharger l'intégralité du texte

1.- Un renouveau appuyé par le magistère
2.- Un marqueur de sensibilités dans l’Eglise
3.- Le discernement opéré par le Mouvement Liturgique et le Concile Vatican II
4.- Des repères doctrinaux
5.- Des repères pratiques
6.– Trois remarques pour un discernement


Conclusion

> L'adoration eucharistique est née au Moyen-Age en réponse à un ardent désir manifesté dans le peuple chrétien, d'un contact prolongé et aimant avec la présence du Seigneur dans le sacrement de son corps et de son sang. Au cours du temps, l'Eglise a éprouvé la nécessité de réguler cette pratique comme en témoigne le Rituel de l'eucharistie en dehors de la messe dont nous avons vu la profondeur et l’intérêt.

> La vigilance de l'Eglise sur cette pratique dévotionnelle tient à l'importance du mystère auquel elle se réfère. En effet, c'est parce que l'adoration eucharistique renvoie à la célébration et donc au mystère de l'Eucharistie, que l'Eglise attache une grande importance à une forme de dévotion dont le Pape Jean Paul II a rappelé la signification dans plusieurs documents récents. L'intelligence de cette forme de culte implique notamment de relier sans jamais les séparer ni les confondre, trois aspects majeurs :
- l'adoration eucharistique est une extension dévotionnelle de la célébration qui est la forme première et fondamentale du culte que l'Eglise rend à son Seigneur ;
- l'adoration eucharistique est une manière d'accueillir le don de la présence du ressuscité - cf. Mt 28,20 : « Je suis avec vous pour toujours jusqu'à la fin du monde » -, présence du ressuscité qui dépasse la seule présence sous le mode eucharistique (cf. Constitution sur la liturgie, n. 7) ;
- l'adoration eucharistique s'inscrit dans la dynamique de l'échange sacramentel où le don de grâce appelle la réponse croyante qui comprend notamment une dimension éthique comme l'ont bien compris dans le passé les congrégations du Saint-Sacrement(XVIIe siècle) ou plus récemment des apôtres de la charité comme Frédéric Ozanam, Charles de Foucauld ou Mère Térésa.

Dans un temps de crise de la transmission et où les habitudes religieuses sont fragilisées, il est essentiel de donner des repères qui soutiennent cette expression de la foi qui est en même temps l’une des réponses possibles à la soif spirituelle qui habite notre temps.